« Aux côtés de l’IFIE, nous œuvrons à structurer durablement le métier d’équicoach »

 

Carole Thomas est équicoach, formatrice, superviseuse et présidente du SynPAAC. Elle collabore avec l’IFIE pour défendre la profession dans le cadre d’une proposition de loi sur la médiation animale en attente d’examen à l’Assemblée nationale. Rencontre avec une figure engagée du secteur.

Carole Thomas, une voix engagée pour l’équicoaching

Une histoire d’amitié

Carole Thomas et Eva Reifler se rencontrent en 2009, alors qu’Eva vient de terminer son apprentissage auprès de Linda Kohanov et de lancer son centre de formation. Malgré 30 cm de neige, Carole traverse la région parisienne pour aller à sa rencontre. Elle se rend ensuite aux États-Unis pour se former à son tour.

Toutes deux figurent parmi les premières professionnelles à introduire l’équicoaching en France. « Nous avons également coanimé les premières formations françaises avec Linda Kohanov. » Chacune développe ensuite son propre projet — IFIE par VisionPure pour Eva, Le Pouvoir des Chevaux pour Carole — mais leur lien demeure intact.

 

Engagement syndical et enjeux législatifs

Carole rejoint le SynPAAC (Syndicat des Professionnels de l’Accompagnement Assisté par le Cheval) en 2019. Rapidement impliquée, elle intègre le conseil d’administration, devient vice-présidente, puis présidente.

En juillet 2025, une proposition de loi portant sur les bienfaits du lien humain-animal est déposée à l’Assemblée nationale. Initialement conçue pour les chiens d’assistance, elle ne prenait pas en compte les réalités du métier d’équicoach. Carole et le SynPAAC interviennent alors en urgence auprès de l’équipe parlementaire pour alerter sur les risques pour la profession.

« Nous avons engagé un travail long et approfondi pour adapter le contenu du texte à notre métier. Plusieurs propositions de modification ont été soumises afin de rendre le texte juridiquement et techniquement pertinent pour la pratique de l’équicoaching. À ce jour, le calendrier parlementaire reste incertain mais ce travail structurant réalisé constitue une base solide pour la profession. »

 

Le bien-être équin comme socle

Un volet important de la proposition de loi porte sur la prise en compte du bien-être animal. Un point satisfaisant pour Carole Thomas, profondément attachée au respect des chevaux en tant que partenaires à part entière et êtres sensibles. « J’ai compris que c’était une opportunité — quelle que soit l’école ou la vision pédagogique — de mettre l’accent sur le bien-être des chevaux dans notre pratique. »

Dans le cadre du SynPAAC, elle contacte les écoles d’équicoaching, dont l’IFIE, pour créer une synergie autour de ce thème du bien-être. Eva Reifler, partageant pleinement cette vision, rejoint alors le SynPAAC pour travailler aux côtés de Carole Thomas sur le sujet.

 

Mobilisation des équicoachs IFIE

Pour ouvrir la réflexion au sein de son école, Eva Reifler propose d’axer la réunion annuelle 2025 des équicoachs IFIE sur le thème du bien-être des équidés dans le cadre de l’équicoaching. « Eva m’a proposé d’intervenir pour présenter les enjeux législatifs en cours. Puis, un brainstorming réunissant plus de cinquante équicoachs IFIE a été mené. »

Plusieurs éléments de ce travail collectif ont été intégrés dans le projet de document qui définit la responsabilité de l’équicoach en matière de bien-être équin sur lequel Carole travaille. De cette responsabilité découle une nouvelle liste de compétences pour les équicoachs. « L’idée est que cela puisse servir de référence commune pour toutes les écoles d’équicoaching. »

 

Faire évoluer les pratiques et les consciences

Pour Carole Thomas, comme pour Eva Reifler, la priorité reste claire : le bien-être du cheval prime sur l’objectif humain. « De plus, lorsqu’elle est expliquée aux clients, cette exigence produit un effet indirect : elle transforme le regard porté sur l’animal et élève le niveau de conscience global. »

« Je remercie Eva d’avoir répondu positivement à ma sollicitation et de s’être engagée personnellement et avec l’équipe de l’IFIE sur ce sujet. »

Si les référentiels existants évoquent déjà certaines règles de base en matière de bien-être, le travail mené actuellement par le SynPAAC va plus loin. « Il formalise des compétences précises, distingue les savoirs des opinions et a pour ambition de structurer une éthique professionnelle. »


Entre vigilance et opportunité

Pour Carole Thomas, cette proposition de loi représente à la fois une avancée majeure et un point de vigilance. Elle ouvre la voie à une reconnaissance institutionnelle du métier d’équicoach, mais aussi à un cadre légal clarifiant son exercice et à une légitimité renforcée auprès des instances. Elle constitue également une occasion importante d’inscrire officiellement le bien-être équin comme principe central de la pratique.

Mais cette évolution comporte aussi un risque majeur : voir le métier échapper aux professionnels de terrain ou être soumis à des contraintes réglementaires inadaptées. « C’est précisément pour éviter cela que l’action collective que nous menons au SynPAAC est essentielle. Si les modifications que nous proposons sont adoptées, la loi pourrait devenir un véritable levier de structuration et de reconnaissance durable pour l’ensemble de la profession. »

Selon Carole Thomas, quoi qu’il advienne de cette proposition de loi, la mobilisation engagée n’est pas vaine. « Elle marque une étape importante : celle d’une profession qui s’organise, clarifie ses standards et affirme ses valeurs. »

 

Propos recueillis par I.C