« Les chevaux m’aident dans mes émotions » 

 

Depuis plus d’un an, Morgane*, jeune fille au parcours de vie difficile, bénéficie de séances d’équicoaching. Rencontre avec Céline, son éducatrice, qui nous dévoile l’impact précieux de cette approche auprès d’enfants ayant vécu des situations compliquées.
*Le prénom a été modifié

L'équicoaching pour aider des enfants à se reconstruire


Morgane a 15 ans et un passé qui a laissé de nombreuses cicatrices. « Elle traîne de lourds traumatismes et des soucis de compréhension et d’expression », explique Céline Geoffroy, éducatrice de la protection de l’enfance, qui l’accompagne depuis maintenant trois ans.

« Quand nous l’avons rencontrée, c’était une jeune fille très timide, avec de profondes blessures émotionnelles. Il était noté dans son dossier qu’elle aimait beaucoup les chevaux. J’ai donc recherché un accompagnement en lien avec ces animaux et c’est ainsi que j’ai découvert l’existence de l’équicoaching.»

Grâce à cette initiative de Céline, un suivi a pu être mis en place pour Morgane. Depuis maintenant un an, Vanessa Troadec, équicoach IFIE, conduit régulièrement des séances d’équicoaching auprès de la jeune adolescente, en parallèle d’un suivi psychologique. « Les deux sont très complémentaires. »

Des progrès visibles au fil des séances

Ces interactions avec le cheval, encadrées par Vanessa, permettent – entre autres – à Morgane de mieux gérer la frustration, d’identifier ses limites et celles des autres, d’exprimer plus sereinement ce qu’elle ressent… Elle apprend également l’importance de la patience, de la cohérence de ses gestes dans sa communication et prend conscience de l’impact immédiat de ses émotions sur l’animal.

« Les progrès se sont développés au fil des séances, grâce à la répétition, à la régularité et à la confiance qui s’est peu à peu installée entre Morgane et Vanessa », explique Céline. Pour l’éducatrice, il est donc essentiel de faire perdurer cet accompagnement, afin de consolider les acquis, d’approfondir le travail émotionnel engagé et de permettre une évolution stable et durable.

Ce fut donc un coup dur lorsque l’équipe a appris, en fin d’année, que le financement pour la prise en charge de la jeune fille ne pourrait pas être renouvelé pour l’année suivante. « Nous avons envoyé un courrier pour trouver d’autres financements. Malheureusement, nous n’avons pas eu beaucoup de retours. Heureusement, Vanessa a discuté de la situation avec Eva Reifler, la fondatrice de l’IFIE, qui a proposé de prendre en charge une partie du coût des séances de Morgane. » Un geste de générosité et de solidarité qui a permis de maintenir cet accompagnement essentiel à l’équilibre de l’adolescente.

« Ces séances d’équicoaching, c’est son temps à elle, sa bulle, son ouverture vers l’extérieur. »


Un suivi qui doit s’inscrire dans le temps

Aujourd’hui, Morgane est en pleine évolution. « Elle grandit, le suivi psychologique fait son effet et, bien sûr, les séances d’équicoaching qui sont très importantes pour elle. C’est ce savant maillage qui participe à son évolution. »

Évidemment, le chemin est encore long, « les colères de Morgane sont encore très présentes et difficiles à gérer, je m’appuie d’ailleurs énormément sur Vanessa à ce sujet. » Mais une chose est sûre aux yeux de son éducatrice : le contact avec les chevaux est bénéfique. « Quand je vais la chercher après ses séances, je retrouve une jeune fille apaisée, calme, les joues bien rouges… Souvent, elle s’endort sur le chemin du retour. Je sens que sa confiance en elle s’est nettement améliorée grâce à l’équicoaching. Il y a aussi un vrai lien avec Vanessa qui s’est tissé au fil du temps. »

Étendre l’équicoaching à d’autres enfants… et aux accompagnants

À la question d’un éventuel déploiement de l’équicoaching auprès d’autres enfants et adolescents du service, Céline répond : « ce serait génial. Ce type de prise en charge est essentiel, et les traumatismes multifactoriels sont très bien traités en équicoaching. Aujourd’hui, nous insistons auprès du tribunal pour enfants : il faut mettre des moyens pour que les jeunes aillent mieux. »

Cela fait plus de 25 ans que Céline travaille au sein de la protection de l’enfance. Pour elle, l’équicoaching répond à un réel besoin de ces jeunes, « il en ressort des choses très positives avec Morgane. Je suis convaincue que cela ferait aussi un bien fou à d’autres adolescents que j’accompagne, notamment ceux qui ont du mal à sortir de chez eux car ils sont accrochés aux écrans. »

Selon Céline, il serait par ailleurs pertinent de permettre aux éducateurs de suivre des séances avec des équicoachs. Dans son service, par exemple, ils sont trois éducateurs pour 13 enfants, ce qui représente une charge de travail importante et une forte sollicitation émotionnelle. « Ce serait idéal d’avoir aussi des séances pour nous. Pour accompagner correctement un enfant, il faut être bien dans sa tête et dans son corps. »

Propos recueillis par I.C